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Europe numérique : sommes-nous en train de saboter notre propre souveraineté ?

  Europe numérique : sommes-nous en train de saboter notre propre souveraineté ? L’Europe affiche depuis des années une ambition claire : r...


 Europe numérique : sommes-nous en train de saboter notre propre souveraineté ?

L’Europe affiche depuis des années une ambition claire : reprendre le contrôle de son destin numérique. Protection des données, régulation des géants de la tech, investissements dans les semi-conducteurs ou l’intelligence artificielle… sur le papier, la stratégie est cohérente. Dans les faits, le doute s’installe : à force de règles, de retards et de dépendances persistantes, l’Europe ne serait-elle pas en train de fragiliser elle-même sa souveraineté numérique ?

Le premier paradoxe est réglementaire. Le RGPD, le Digital Markets Act ou le Digital Services Act ont posé des standards mondiaux, mais leur complexité pèse surtout sur les acteurs européens, souvent plus petits et moins armés juridiquement que les géants américains ou chinois. Résultat : la régulation protège le consommateur, mais elle peut aussi freiner l’innovation locale.

Deuxième faiblesse : la dépendance technologique. Cloud, systèmes d’exploitation, moteurs de recherche, réseaux sociaux, infrastructures critiques… l’essentiel reste contrôlé par des entreprises non européennes. Malgré des projets comme Gaia-X ou les plans pour les semi-conducteurs, l’Europe avance lentement, fragmentée par ses marchés nationaux et ses logiques industrielles divergentes.

Troisième enjeu, le financement. Les startups européennes peinent encore à changer d’échelle. Faute de capitaux suffisants, beaucoup sont rachetées ou délocalisent leur centre de gravité vers les États-Unis. La souveraineté ne se décrète pas : elle se construit aussi par la capacité à faire émerger des champions.

Pour autant, tout n’est pas perdu. L’Europe dispose d’atouts majeurs : un vivier de talents, des centres de recherche de pointe, une culture de la protection des droits et un marché de 450 millions de consommateurs. La clé réside sans doute dans un rééquilibrage : moins de naïveté stratégique, plus de coordination industrielle, et une régulation pensée non seulement pour encadrer, mais aussi pour permettre.

La question n’est donc pas de savoir si l’Europe doit réguler ou investir, mais si elle saura le faire assez vite et de manière suffisamment cohérente pour ne pas transformer ses bonnes intentions en handicap stratégique.

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